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Les palmiers de la promenade : décors artificiels pour touristes ou espèces locales endémiques ?

Mis à jour : 20 août 2020

Symbole mondialement connu d’une partie la Riviera française depuis des décennies, ces majestueux mais fragiles arbres (plantes, en réalité) ne sont sans doute pas si Niçois que nous le pensons.

Ils sont partout, et de plus en plus visibles. De la porte de l’avion sur le tarmac de l’aéroport Nice Côte d’Azur au premier coup d’œil en direction du tram depuis le parvis de la gare Thiers, le palmier est sur chaque photo prise par les touristes qui séjournent dans la capitale maralpine. Tellement omniprésent qu’on en viendrait à se convaincre que ce symbole de Nice et de sa promenade des Anglais ne peut être qu’une espèce endémique de nos rivages, choyée au fil des siècles par des passionnés grâce au climat propice à son expansion, plus ou moins contrôlée, comme l’olivier en Italie ou le mirabellier en Lorraine.

Pourtant, un touriste curieux et avisé notera que ce Vert Seigneur est moins en odeur de sainteté dans les communes limitrophes de Nice, sans que l’on puisse distinguer un changement climatique qui justifierait une incompatibilité environnementale à son irrésistible développement. En effet, de Cagnes-sur-Mer à l’Ouest à Villefranche-sur-Mer à l’Est, d’autres espèces de végétaux et d’arbustes tiennent la corde sans que l’on ne s’en plaigne.

Alors le phœnix, d’aqui ou d’aia* ? Dans une étude fournie datée de 1987, Daniel Gade parle volontiers d’une « tropicalisation » de la Côte d’Azur pour, comprend-t-on, satisfaire les plaisirs ornementaux des riches touristes en villégiatures. Il affirme que dès le XIXème siècle, cette tendance va s’installer en raison de l’effet décoratif de certains de ces végétaux tout d’abord dans les fameux jardins d’agrément chers aux propriétaires de luxueuses demeures qui surplombent –aujourd’hui encore- les plus beaux endroits de notre bande littorale.

Pourtant, bien que clément avec ses 2 500 heures d’ensoleillement par an, le climat azuréen peut montrer des signes de vigueur qui ont découragé certains arbustes à s’enraciner ici, peu enclins à résister au gel notamment. En effet, tous les palmiers ne résistent pas à notre milieu, certains ne poussent par exemple pas à la portée des embruns. Qu’à cela ne tienne, l’économie du tourisme guide sa loi et le palmier des Canaries qui a commencé son introduction dès 1864 semble bien s’y adapter. Tant et si bien que vers 1885, il se fait une place au soleil de la Côte d’Azur jusqu’à devenir l’additif au nom d’une commune varoise comme Hyères-les-Palmiers. Superficiel ?

Alors, tandis que la moitié des arbres d’alignement à Nice était encore des platanes dans la deuxième moitié du XXème siècle, on ne pense qu’à l’effet pseudo-tropical que produisent les palmiers sur le vacancier en mal d’évasion et de dépaysement.

Ce phénomène a explosé à Nice dans les années 2000 où le célèbre palmier aux racines petites et qui nécessite des tuteurs durant des années pour garder fière allure, pullule. Rien qu’à Nice, la mairie en recense pas moins 6 000 dont 1 300 sur la seule promenade des Anglais ! Pas mal pour une espèce importée.

Devenu l’ultra icône de la ville, son essor continue ne se fait pas sans soulever des interrogations. Produisant peu d’ombre, les piétons ne peuvent y trouver une parenthèse de fraicheur pour combattre les températures harassantes du Sud de la France. Les citadins, qui traversent au quotidien des places publiques pour certaines minérales et standardisées, ne peuvent y voir une plante d’agrément au parfum délicat dont les couleurs oscilleraient au gré des saisonnalités. Et que dire du charançon rouge, ce nuisible insecte véritable ennemi juré du phœnix canariensis qui colonise l’arbre, se nourrit de ses fibres avant que celui-ci, fragilisé, ne chute ou soit abattu faute d’avoir su résister à l’envahisseur.

La diversification des essences dans la ville est peut être en passe de trouver une voie salvatrice.

La nouvelle tendance à la végétalisation dans les ensembles urbains, engagée partout en France et annoncée à Nice par la municipalité, serait l’occasion d’un retour à des arbres et des végétaux propres à la région, comme les figuiers, pins de Méditerranée, oliviers voire le très feuillu (mais peu sexy) platane qui épousait de ses couleurs et de sa majesté l’avenue Jean Médecin il y a encore une quinzaine d’années.

La promenade du Paillon avec ses variétés d’arbres et de plantes montre exemple à suivre.

* d’ici ou de là ?

Photo d’illustration : Sur ce cliché estimé vers 1880, on ne semble pas apercevoir de palmier sur la promenade des Anglais.



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